« Heureux les pauvres »

En ce vendredi de Carême, nous faisons mémoire de la Passion du Seigneur. Nous contemplons l’amour avec lequel Il s’offre sur le bois de la Croix. Un bois sur lequel cloué, le Seigneur se découvre en « Arbre de Vie » (Ap 2, 7).

En ces temps troublés, nous pouvons être, comme les Apôtres en suite de la Passion,  « toutes portes closes » (Jn 20,19), enfermés dans le Cénacle de nos maisons. Mais même là, le Seigneur nous rejoint : « La paix soit avec vous » (Lc 24, 36).

Enfermés dans nos cénacles, est-il si étonnant d’y rencontrer la Bienheureuse Vierge Marie (Ac 1, 14) ? Elle est là, à nos côtés, la Mère des douleurs ; Elle est là, imperturbable, en prière. C’est ainsi qu’elle nous invite à garder, fermement, l’espérance. Ce soir, si les portes de nos maisons demeureront closes, celles de nos âmes resteront ouvertes à la rencontre du Seigneur. Il vient nous visiter en compagnie de sa Sainte Mère. 

Nous ferons quelques pas avec Lui sur ce « terrain plat » (Lc 6, 17) où Il proclame les béatitudes ; nous ferons quelques pas près d’Elle sur le « terrain plat » de Massabielle où s’agenouille Bernadette. Laissons-nous gagner par le souffle des béatitudes animant les eaux de la source comme il fit virevolter le capulet de la Voyante ce 11 février 1858. Les volutes du chant Grégorien louant la Vierge Immaculée y seront à l’unisson : « Heureux vous les pauvres car le Royaume de Dieu est à vous » (Lc 6, 20).



Conférence

sur le thème pastoral 2019 des Sanctuaires de Lourdes :

« Heureux vous les pauvres »

abbé Benjamin MARTIN

Accueil du Curé de Lourdes, M l’abbé Jean-François Duhar

De l’Evangile selon Saint Luc,

12 En ces jours-là, Jésus s’en alla dans la montagne pour prier, et il passa toute la nuit à prier Dieu.

13 Le jour venu, il appela ses disciples et en choisit douze auxquels il donna le nom d’Apôtres :

14 Simon, auquel il donna le nom de Pierre, André son frère, Jacques, Jean, Philippe, Barthélemy,

15 Matthieu, Thomas, Jacques fils d’Alphée, Simon appelé le Zélote,

16 Jude fils de Jacques, et Judas Iscariote, qui devint un traître.

17 Jésus descendit de la montagne avec eux et s’arrêta sur un terrain plat.

Il y avait là un grand nombre de ses disciples et une grande multitude de gens venus de toute la Judée, de Jérusalem, et du littoral de Tyr et de Sidon.

18 Ils étaient venus l’entendre et se faire guérir de leurs maladies ; ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs retrouvaient la santé.

19 Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.

20 Et Jésus, levant les yeux sur ses disciples, déclara : « Heureux, vous les pauvres, car le royaume de Dieu est à vous.

21 Heureux, vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés.

Heureux, vous qui pleurez maintenant, car vous rirez.

22 Heureux êtes-vous quand les hommes vous haïssent et vous excluent, quand ils insultent et rejettent votre nom comme méprisable, à cause du Fils de l’homme.

23 Ce jour-là, réjouissez-vous, tressaillez de joie, car alors votre récompense est grande dans le ciel ; c’est ainsi, en effet, que leurs pères traitaient les prophètes.

Introduction

Antienne : Ave Maria (cf. Voir programme musical)

I. La nature prophétique du message de Lourdes

Abbé Régis-Marie de la Teyssonnière, Lourdes les mots de Marie :

« Une invitation a été adressée à Bernadette. Elle doit donc se prononcer. De fait, pour faire connaître son choix, elle pourrait se contenter de dire oui ou non. Mais Bernadette ne procède pas ainsi. Puisqu’elle comprend qu’il ne s’agit pas d’une simple question à laquelle on répond de manière affirmative ou négative, mais d’une invitation, la petite Soubirous y met la forme. Or, pour elle, la forme ne va pas consister cette fois-ci en une jolie phrase, mais en quelque chose qui vient d’elle-même, de son propre cœur, du plus profond de son cœur. Pour Bernadette cette invitation est tellement importante, elle la prend tellement au sérieux que, par sa réponse, elle s’engage. Elle promet ».[1]

Mgr René Laurentin :

Lourdes se situe dans le courant prophétique et dans ce courant c’est la loi que le message éclate en gestes symboliques, en signes abrupts, destinés à faire choc. Ainsi le Christ Lui-même, le « prophète » par excellence […] a-t-il posé des paroles, des actes déconcertants qui ont profondément heurté ses interlocuteurs, et portaient pourtant la semence d’une réflexion à longue portée.[2]

Antienne : Sub tuum praesidium (cf. Voir programme musical)

II. La pauvreté, toile de fond des Apparitions

Mgr René Laurentin :

« Le moulin est vieux. Le Lapaca donne de l’eau à ses heures. Et puis, François est « indolent, peu débrouillard », Louise « inexpérimentée ». Certes, l’ambiance de la maison est plaisante. C’est le bon accueil et la fête perpétuelle. La patronne verse à boire, fait des beignets. Si la farine n’est pas prête, la collation est généreuse, et le rire est roi. On ne fait pas payer les amis, et les quêteurs sont bien accueillis. Les clients insolvables trouvent compréhension. […] Cela multiplie la clientèle, mais une clientèle peu « intéressante » : celle qui ne paie pas. L’équilibre du budget se rompt invinciblement. […] A la Saint Jean de 1854, plus moyen de payer le loyer. Il faut partir. »[3]

S.E. Mgr Bertrand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes :

Quel est l’instrument dont le Tout Puissant va se servir pour nous communiquer ses desseins de miséricorde ? C’est encore ce qu’il y a de plus faible selon ce monde ( I Cor 1, 27) : une enfant de quatorze ans, née d’une famille pauvre.[4]

Mgr René Laurentin :

« Pauvreté, faiblesse, humilité, tous ces traits solidairement évoqués par Mgr Laurence intègrent la notion biblique de pauvreté. Cette pauvreté spirituelle, cette faim et soif de Dieu suppose quelques racines d’indigence matérielle. »[5]

Antienne : Tota pulchra es (cf. Voir programme musical)

III. La pauvreté, tonalité  fondamentale du message

Saint Ambroise, évêque de Milan, Père de l’Eglise :

« Saint Luc ne rapporte que quatre béatitudes, tandis que saint Matthieu en compte huit, mais on peut dire que les huit renferment les quatre, comme aussi les quatre comprennent les huit. Saint Luc a voulu tout ramener aux quatre vertus cardinales. »[6]

Mgr René Laurentin :

« Le message de Lourdes se laisse résumer en quatre points, proposés en actes avant qu’en paroles, et plus qu’en parole, selon le style de la Bible, et surtout des prophètes : quatre points qui tiennent en quatre mots très simples, et qui commandent la vie du pèlerinage. Pauvreté – Prière – Pénitence – et le Nom de la Dame. »[7]

1. La Pauvreté de la prière

Mgr René Laurentin :

« Dès le début de la première apparition, Bernadette a tiré son chapelet d’instincts ; elle a tenté de faire le signe de la croix. Ce geste avait en elle des racines. Et nous comprenons mieux pourquoi elle avait été choisie, cette bergère de rien. Ce n’était pas seulement pour le rien qu’elle était aux yeux du monde. C’est aussi pour sa richesse qu’elle avait déjà aux yeux de Dieu : selon l’esprit. Sa prière, courte en paroles, sans doute, mais profonde, lui avait permis d’assumer, en Dieu, la misère et la souffrance, la solitude et les avanies de Bartrès :

« Je pensai que le Bon Dieu le voulait. Quand on pense que le Bon Dieu le permet, on ne se plaint pas. »

Cette unique confidence qui nous soit parvenue sur les racines les plus lointaines de la spiritualité de Bernadette en dit long. »[8]

2. La pauvreté de la pénitence et de la conversion 

Mgr René Laurentin :

« Que la Vierge ait revalorisé le mot pénitence en l’associant à son synonyme biblique le plus essentiel : conversion, cela n’est pas sans portée. Conversion : tel est le mot qui exprime le plus spécifiquement le sens du pèlerinage. Plus encore qu’une terre de miracle, Lourdes est une terre de conversions. Si les guérisons corporelles restent l’exception, la guérison du cœur est offerte à tous, et à chacun à son niveau, puisque la vie chrétienne est faite de successives et progressives conversions, à partir de la première qui coïncide normalement avec le baptême. Plus secrètes que les miracles, et réfractaires à toute statistique, elles sont assurément plus nombreuses. »[9]

3. La pauvreté et l’Immaculée Conception

Cf. Saint Bonaventure, Breviloquium, partie I, La trinité de Dieu.

Mgr René Laurentin :

« Celle qui est venue choisir Bernadette, cette petite fille pauvre, c’est Celle qui a été choisie Elle-même pour sa pauvreté au plein sens de ce mot selon la grâce : la qualité des humbles en Dieu assumée. »[10]

Antienne : Pater noster (cf. Voir programme musical)

Conclusion

M Gaëtan Bernoville, De ND de Garaison à ND de Lourdes :

« Il l’a voit pressée par les bonnes gens qui entourent la voyante. Osera-t-il approcher Bernadette ? Hésitant, il se laisse ballotter par la foule, sans faire un pas en avant. Or, voici qu’une femme qu’il ne connaît pas, le frappe sur l’épaule : « Venez voir Bernadette, lui dit-elle, elle désire vous parler. » Bouleversé, Frère Jean rejoint l’enfant : « C’est vous, lui dit Bernadette, qui êtes le frère Jean et qui voulez fonder un hospice ? » – Oui répond le Frère. – Et bien voilà un petit sou que je suis heureuse de vous remettre afin de contribuer à votre œuvre ». Ce sou, Frère Jean ne le dépensera jamais. »[11]

Priere et Bénédiction du Curé de Lannemezan, M l’abbé Dominique Aubian

Antienne Grand Salve (cf. Voir programme musical)


[1] Abbé Régis-Marie de la Teyssonnière, Lourdes. Les mots de Marie, CLD, 2008, IV, p. 80.

[2] Ibid. p. 264.

[3] René Laurentin, Les Apparitions de Lourdes, récit, P. Lethilleux, Paris 1966, p. 13-14.

[4] S.E. Mgr Bertand-Sévère Laurence, évêque de Tarbes, Mandement du 18 janvier 1862.

[5] René Laurentin, Les Apparitions de Lourdes, récit, P. Lethilleux, Paris 1966, p. 256.

[6] Ambroise de Milan, traité sur l’Evangile de Luc, 6, 12-23, Source Chrétienne n°45.

[7] René Laurentin, Les Apparitions de Lourdes, récit, P. Lethilleux, Paris 1966, p. 255.

[8] René Laurentin, Les Apparitions de Lourdes, récit, P. Lethilleux, Paris 1966, p. 259.

[9] René Laurentin, Les Apparitions de Lourdes, récit, P. Lethilleux, Paris 1966, p. 263.

[10] René Laurentin, Les Apparitions de Lourdes, récit, P. Lethilleux, Paris 1966, p. 269.

[11] Gaëtan Bernoville, De ND de Garaison à ND de Lourdes, Jean-Louis Peydessus,  Grasset, 1958, p. 149.

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