Ecouter l’Evangile Mc 1, 40-45 :

Ecouter l’homélie :

– Homélie pour le VIème Dimanche du Temps Ordinaire, année B –
Dimanche 14 février 2021

De la purification de la lèpre du péché

Frères et sœurs bien-aimés,

La page d’Evangile que nous méditons en ce Dimanche est celle d’une rencontre improbable : « un lépreux vint auprès de Jésus » (Mc 1, 40). Rencontre improbable car le lépreux, en raison de sa contagiosité, est exclu des villes et se doit d’avertir sa présence par ces mots : « impur ! impur ! » (Lv 13, 45-46). Si la Loi de Moïse encadre strictement cette maladie, c’est qu’elle apparaît comme le châtiment divin par excellence. Avec ses « furoncles d’Egypte », ses « abcès » (Dt 28, 27) s’étalant « de la plante des pieds au sommet de la tête » (Dt 28, 35), la lèpre est l’impureté incarnée, le signe du péché dont la malédiction vient du fait de « ne pas avoir écouté la voix du Seigneur » (Dt 8, 15).

Quoique nous pensions de cela aujourd’hui, il n’en reste pas moins que c’est dans ces dispositions que ce lépreux se présente à Jésus : « si Tu le veux, Tu peux me purifier » (Mc 1, 40 ». Le lépreux ne demande pas sa guérison mais bien sa purification. Sa foi en Jésus est telle que le rencontrant dans sa solitude, il tombe à genoux, reconnaissant par là même qu’il se trouve en face de Dieu.

Dans ce lieu désert de Galilée, où Jésus était en prière (cf. Mc 1,35), le voilà « saisi de compassion » (Mc 1, 41) face au lépreux qui l’aborde. Cependant, cette émotion qui,  littéralement, le « saisit aux entrailles »[1] est difficile à traduire. Elle est également l’expression d’une colère. Au plus près du texte grec, Jésus est donc à la fois « pris de pitié »[2] et « irrité ». Pris de pitié face à la souffrance de ce lépreux et irrité contre le péché qui en est la cause. Le châtiment divin de la lèpre du péché s’exprime par cette colère du Seigneur autant que par sa compassion. Se trouvent intimement mêlés, dans le Sacré Cœur du Seigneur, la miséricorde et la justice ; l’amour des pécheurs et le dégoût du péché.

Jésus guérit le lépreux, mosaïque médiévale, Cathédrale Montreale, Sicile

Saisi aux entrailles, voici que le Seigneur étend Sa main et touche l’intouchable lui déclarant : « Je le veux, sois purifié ». En cela, le Seigneur reprend les mots mêmes de la demande du lépreux : « si Tu le veux, Tu peux me purifier » / « Je le veux, sois purifié ». C’est alors que le stylet de Saint Marc décrit l’immédiateté de la guérison : « Aussitôt[3], la lèpre le quitta et il fut purifié » (Mc 1, 42). La parole du Seigneur est efficace. Elle est la parole créatrice du commencement. D’ailleurs dans le court prologue de cet Evangile – qu’il faut ne jamais perdre de vue – Saint Marc nous le précisait : Jésus est le « commencement de la Bonne Nouvelle », parce qu’il est le « Christ » et tout autant « le Fils de Dieu » (Mc 1,1). En purifiant le lépreux du péché qui le défigurait, Jésus restaure en lui l’image et la ressemblance de Dieu avec laquelle il avait été créé (Cf. Gn 1, 27). De telle sorte que ce lépreux nous représente chacun. Nous sommes atteints par la lèpre du péché et le Seigneur Jésus se présente à nous comme le vrai médecin. Il ne tardera pas – au second chapitre – de l’affirmer : « Ce ne sont pas les bien-portants qui ont besoin de médecin, mais les malades ; je suis venu appeler non pas les justes, mais les pécheurs » (Mc 2, 17).

Melchior DOZE, Le lépreux guéri et reconnaissant, 1863

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En commentant ce premier chapitre de l’Evangile selon Saint Marc – que nous méditons depuis trois semaines – Bède le Vénérable relève l’ordre des trois guérisons[4] auxquelles nous assistons chaque dimanche. Cette succession reprend celle du jardin d’Eden au commencement.

Souvenez-vous, tout a commencé dans la synagogue de Capharnaüm, le jour du sabbat. Jésus manifesta son autorité en expulsant le démon : « Tais-toi et sors de cet homme » (Mc 1, 25) déclara-t-il au serpent des origines. Puis, – nous l’avons entendu dimanche dernier – ce fut au tour de la femme d’être guérie de la fièvre du péché. Figurant Eve, la belle-mère de l’Apôtre Pierre fut relevée du mal qui l’a clouée au lit : Jésus « s’approcha et la fit lever en lui prenant la main » (Mc 1, 31) ; enfin dans la page d’Evangile que nous méditons aujourd’hui, c’est en touchant de Sa main[5] le lépreux que le Seigneur purifie l’homme figurant Adam. Le serpent est expulsé, Eve est relevée, Adam est purifié, le Christ est le commencement, la Bonne Nouvelle, le Fils de Dieu (Cf. Mc 1,1).

***

Dans la suite de l’Evangile, aussitôt l’homme purifié, Jésus « frémissant de colère »[6] le réduit au silence et l’envoie se montrer au prêtre. Cependant, poursuit Saint Marc, « une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle » (Mc 1, 45). De telle sorte que si en le touchant Jésus n’a pas contracté sa lèpre, le voilà atteint de son impureté[7]. Comme le lépreux ne pouvant entrer dans les villes, voilà que Saint Marc conclut que « Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville mais restait à l’écart, dans des endroits déserts » (Mc 1, 45). Ce désert nous l’y retrouverons dimanche prochain alors que le temps du carême aura commencé[8].

Melchior DOZE, Jésus guérissant un lépreux, 1864

Que chacun d’entre nous en ce Dimanche reconnaisse humblement ses péchés et confesse dans la foi que seul le Christ peut l’en purifier. Pour cela le Seigneur nous envoie chacun comme le lépreux, en ce temps du Carême qui approche, à la rencontre du prêtre. Nous avons à rencontrer, par le ministère du prêtre, le Christ qui vient nous purifier de nos fautes dans le sacrement de la confession.

Puisse Notre Dame de Lourdes, que nous avons fêté jeudi dernier, nous conforter dans ce chemin de conversion, Elle qui nous appelle, comme Elle le promit à Sainte Bernadette, non pas au bonheur de ce monde mais de l’autre, ainsi soit-il.

abbé Benjamin MARTIN


[1] C’est ainsi que Dom David-Marc d’Hamonville, Abbé d’En Calcat traduit au plus près σπλαγχνισθείς.

[2] C’est ainsi que la TOB traduit « Pris de pitié » mais renvoie en note au terme « irrité ».

[3] La traduction liturgique (AELF) écrit « à l’instant même » mais le grec porte  εὐθέως c’est-à-dire aussitôt.

[4] Bede (in St Thomas d’Aquin Catena Aurea in Marcum) :

   « Il fallut d’abord fermer la bouche […] du serpent pour l’empêcher de répandre son venin (Cf. Mc 1, 21-28 / Dimanche IV – B) ;

   ensuite guérir de la fièvre de la concupiscence la femme qui avait été séduite la première (Cf. Mc 1, 29-31 / Dimanche V – B) ;

   c’est en troisième lieu, l’homme, qui avait été entraîné au mal par les paroles de sa femme qui est guéri de son péché (Cf. Mc 1, 40-45 / Dimanche VI – B)

   afin que l’on trouve dans la restauration du Seigneur le même ordre que l’on trouve dans la chute des deux premiers formés (Cf. Gn 1 – 3, 23). »

[5] Le Seigneur touche de sa main comme lors de la Création il façonna Adam et Eve.

[6] C’est littéralement l’expression utilisée par Saint Marc, (cf. trad. Dom David-Marc d’Hamonville). La T.O.B traduit quant à elle le « avec fermeté » de la traduction liturgique (AELF) par « s’irritant contre lui ». Nous retrouvons la colère du Seigneur, celle du châtiment divin face à la lèpre du péché.

[7] En touchant le lépreux Jésus devient, selon la Loi (Lv 22, 4-5), impur jusqu’au soir.

[8] Premier Dimanche de Carême, année B : Mc 1, 12-15.

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