Chers fidèles de vox in deserto,

« À vous, la grâce et la paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ » (2 Th 2).

Alors que je vous écris ces lignes, nous voici de nouveau en confinement. Encore une fois, il nous est interdit de nous rendre au « festin des noces de l’Agneau » (Ap 19, 9) qui, chaque dimanche en nos églises, abreuve nos oreilles par son Evangile autant qu’il comble nos âmes de sa Sainte Présence dans la Communion.

Comment vivre cette nouvelle séparation ?

Tout d’abord en nous rappelant qu’avant l’église paroissiale, notre propre maison doit être une maison de prière. Notre maison est également la maison dans laquelle se tient Dieu. Il est là, au plus près de notre vie quotidienne. D’ailleurs nous L’invoquons sans cesse à bien y penser, jusque dans l’exclamation de nos durs labeurs. Nous l’entendons alors entrant dans notre maison, comme jadis au Temple de Jérusalem, nous mettre en garde : « ma maison sera une maison de prière » (Mt 21, 13). Notre maison, à laquelle Dieu n’est pas étranger et dans laquelle Il doit avoir la première place, doit donc être une « maison de prière ». Ainsi je ne peux que vous inviter, chers fidèles, à redécouvrir votre maison et à y rencontrer le bon Dieu qui se tient là dans le secret.

Dans nos maisons, le Bon Dieu a ses préférences. Certes autour de la table nous Lui rendons grâce pour ce repas que, somme toute, nous tenons en premier lieu des largesses de Sa providente Création. Si Dieu est de nos repas, la famille chrétienne se doit d’avoir au cœur de son foyer le lieu de la prière en famille. A cette église domestique, il est de ci de là, dispersé au gré des pièces à vivre, l’image d’un Saint, un souvenir de pèlerinage, une statuette de Notre Dame, de Saint Joseph peut-être, un crucifix accompagné de son rameau béni. Voilà autant de signes qui non seulement manifestent notre appartenance à Dieu mais qui nous renvoient à Sa présence invisible au quotidien.

Si Dieu se tient dans nos maisons, Il a une préférence pour notre chambre du moins pour le lieu le plus retiré. C’est là, nous enseigne-t-Il dans l’Evangile, que nous devons L’y rencontrer personnellement. Si la chambre est le lieu privilégié de ces rencontres c’est parce qu’elle est ce lieu retiré des agitations de la vie du foyer, un lieu calme, le lieu du repos et de la paix. Souvenons-nous, lorsque le Seigneur nous enseignait dans Son sermon sur la montagne, combien Il insistait sur la prière dans notre chambre. D’ailleurs, c’est après nous avoir exhorté à Le découvrir dans le secret de ce lieu retiré, qu’Il nous a enseigné les mots mêmes de Sa prière, une prière confiante, adressée à notre Père qui est aux Cieux, mais vous l’aurez compris, tout autant dans le secret de notre chambre. Ecoutons le Seigneur dans Son sermon nous le rappeler :

Et quand vous priez, ne soyez pas comme les hypocrites : ils aiment à se tenir debout dans les synagogues et aux carrefours pour bien se montrer aux hommes quand ils prient. Amen, je vous le déclare : ceux-là ont reçu leur récompense. Mais toi, quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra. Lorsque vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’à force de paroles ils seront exaucés. Ne les imitez donc pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant même que vous l’ayez demandé. Vous donc, priez ainsi : Notre Père, qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que ton règne vienne, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. Donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour. Remets-nous nos dettes, comme nous-mêmes nous remettons leurs dettes à nos débiteurs. Et ne nous laisse pas entrer en tentation, mais délivre-nous du Mal.(Mt 6, 5-13)

***

Retirés dans nos maisons, privés de nos églises comme de nos assemblées, l’Evangile de ce premier Dimanche de confinement répond à notre question : comment vivre notre séparation, celle de ce nouveau confinement ? A cette question le Seigneur nous répond par la parabole des dix jeunes filles (Mt 25, 1-13) que nous entendrons lors de la Messe de ce Dimanche. Elle s’achève par cette conclusion : « Veillez car vous ne savez ni le jour, ni l’heure » (Mt 25, 13). Voilà ce que le Seigneur attend de nous : que nous veillions dans la foi, l’espérance et la charité.

Dans le contexte que nous traversons, cette déclaration du Divin Maître remet en perspective notre vie ici-bas. Nous ne savons pas davantage le jour ni l’heure à laquelle nous paraîtrons face à Dieu, que le jour ni l’heure de Son retour dans la gloire. N’oublions jamais chers fidèles que notre vie chrétienne est tournée vers ce retour du Christ. C’est pourquoi nous devons sans cesse porter dans ce monde qui passe et trépasse, l’espérance de ce retour de Dieu.

Comme les jeunes filles de l’Evangile nous devons attendre Son retour en maintenant les lampes de nos âmes allumées. La lumière de nos âmes c’est-à-dire notre amour de Dieu doit être entretenu par la prière qui nous unit à Lui. Une prière dont la petite flamme brille dans la nuit de ce monde. Nous entendons alors Saint Jean, dans le prologue de son Evangile, affirmer que « la lumière brille dans les ténèbres et que les ténèbres ne l’ont pas arrêtée ». Nous devons donc prier pour tous ceux qui ne prient pas ; espérer pour tous ceux qui n’ont pas d’espérance ; aimer Dieu pour tous ceux qui ne L’aiment pas, qui ne Le connaissent pas ou qui ont à Son endroit des idées aussi mensongères que meurtrières.

Prions également en intercédant pour les malades et les soignants ; pour tous ceux dont les activités professionnelles sont menacées ; pour ces menaces terroristes qui frappent notre France et le monde ; pour que nos politiques œuvrent au bien commun ; pour que nous soit rendue la liberté fondamentale du culte sans oublier, en ce mois de novembre, notre devoir d’intercession pour nos fidèles défunts.

C’est ainsi, à l’image des jeunes filles prévoyantes de la parabole, que nous tiendrons notre tour de veille jusqu’au retour de l’Epoux. Comme elles, nous ne manquons pas de ressources, nous avons de l’huile en réserve. Nous pouvons nous unir à la célébration de la Messe en la suivant, même de loin, par les moyens de communication. Nous pouvons réciter le chapelet en nous unissant à la Grotte de Lourdes. Nous pouvons lire et méditer les Evangiles, réécouter homélies et conférences qui ne manquent pas sur vox in deserto… Tout cela pour tenir fermement dans la foi notre devoir de louange et d’intercession. Veillez et priez.

Depuis l’autel du Seigneur, je vous bénis chacun +

abbé Benjamin MARTIN

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