à l’occasion du pèlerinage du chant grégorien Cantorum

samedi 11 juillet 2020, abbatiale de Saint Savin

Translation des reliques de Saint Benoît, Abbé

SPINELLO ARETINO, Les funérailles de Saint Benoît,
1388, Fresque, Sacristie de San Miniato al Monte, Florence, Italie.

Frères et sœurs bien-aimés,

Il est heureux, en ce 11 juillet, de nous retrouver en cette abbatiale de Saint Savin pour honorer Saint Benoît, le fondateur de la vie bénédictine qui, par l’instauration de sa règle, régissait ici la vie des moines de Saint Savin, comme celle des abbayes de Larreule et de Madiran dans le Val d’Adour, comme elle régit aujourd’hui encore la vie des moines de l’abbaye de Tournay et de très nombreux monastères de par le monde.

 Le chant que nous faisons monter vers Dieu en ce jour, est celui-là même qui résonnait sous les voûtes de cette abbatiale, lorsque les fils de Saint Benoît rendaient grâce à Dieu chaque 11 juillet pour le don de leur père fondateur, à qui l’Eglise reconnaît le titre de Patriarche des moines d’Occident. C’est ainsi qu’avec les moines d’hier et d’aujourd’hui nous rendons grâce avec l’Introït de cette Messe grégorienne :

Réjouissons-nous tous dans le Seigneur, célébrant ce jour de fête en l’honneur de Saint Benoît, Abbé ; sa solennité réjouit les Anges qui en rendent gloire au Fils de Dieu.

Introït de la Messe de la translation des reliques de Saint Benoît, Abbé.

Vie de Saint Benoît

Saint Benoît est né à Nursie, en Ombrie, vers l’an 480. Agé d’une quinzaine d’années il quitte sa famille pour étudier les Lettres et le Droit à Rome. Cependant, la vie libertine qu’il y découvre le dégoûte autant qu’elle l’effraie. C’est ainsi qu’à la suite de l’Evangile que nous venons d’entendre (Mt 19, 27-29), le jeune Saint Benoît décide de tout quitter pour se mettre à la suite du Christ. En nous relatant sa vie, Saint Grégoire[1] précise que Saint Benoît ne quitta pas tant Rome pour ses vices, que pour partir en quête de Dieu. De telle sorte que la question de l’Apôtre Pierre dans l’Evangile se pose concrètement pour Saint Benoît dès qu’il quitte Rome : « Seigneur, nous avons tout quitté pour Vous suivre, qu’adviendra-t-il de nous ? » (Mt 19, 27).

Il SODOMA, Vie de Saint Benoît, scène 1: Benoît quitte la maison de ses parents ; vers 1505-08, fresque, Abbazia, Monteoliveto Maggiore, Italie

Le jeune Benoît s’établit, non loin de Rome, à Enfide (aujourd’hui Affile) au sein d’une communauté religieuse dans laquelle il mène une vie simple, faite de contemplation et de méditation des Saintes Ecritures. Sa réputation de sainteté se répandant dans la région suite à un malencontreux miracle, il se retire à Subiaco retrouver le silence propice à sa quête de Dieu. Sous le patronage de frère Romain, Saint Benoît se retire dans une grotte difficile d’accès afin de mener la vie érémitique.

Nous retrouvons ce même désir dans la vie de Saint Savin qui après trois années passées en l’abbaye bénédictine de Saint Martin de Ligugé, se retira en ermite ici dans cette vallée du Lavedan, non loin de cette abbatiale qui aujourd’hui porte son nom et renferme son tombeau ; tombeau sur lequel la Messe de la Saint Benoît est célébrée ce jour.

Revenons à l’obscurité de la grotte de Subiaco. Elle ne peut renfermer bien longtemps dans sa solitude, la sainteté de Saint Benoît qui rayonne au loin. La liturgie de ce jour lui applique d’ailleurs ce passage de l’Ecclésiastique (Si 50, 6-7 ; 9) :

Il a brillé pendant sa vie, comme l’étoile du matin au milieu des nuages, et comme la lune, lorsqu’elle est dans son plein. Il a resplendi dans le temple de Dieu, comme un soleil éclatant de lumière [...] Il était comme une flamme qui étincelle, et comme l’encens qui s’évapore dans le feu.
Maître de MEBKIRCH, Saint Benoît en prière, 1530, huile sur bois, Staatsgalerie, Stuttgart, Allemagne.

C’est devant une telle réputation de sainteté, que les moines de Vicovaro viennent le chercher pour qu’il devienne leur abbé. Si Saint Benoît accepte cette charge, le retour de l’autorité et des pénitences régissant la règle de Saint Pacôme qu’il y applique, finit par révulser certains moines. Lors d’un bénédicité, à table, Saint Benoît échappe miraculeusement à une tentative d’empoisonnement de ses propres fils. Sans violence, il se retire dans la Grotte de Subiaco afin de retrouver la solitude propice à sa quête de Dieu. La question de l’Apôtre Pierre dans l’Evangile retrouve, une fois encore dans la vie de Saint Benoît, sa pertinence : « Seigneur, nous avons tout quitté pour Vous suivre, qu’adviendra-t-il de nous ? » (Mt 19, 27).

Face aux nombreux disciples qui viennent le visiter dans sa solitude, Saint Benoît se décide à fonder un monastère à Subiaco. Composé de douze maisons dans lesquelles vivent respectivement douze moines autour d’un Abbé, Saint Benoît se tient quant à lui non loin de là dans une maison en laquelle il forme les jeunes novices. C’est donc là, au bord du lac de Subiaco, que germe autant la règle que la vie bénédictine, et que Saint Benoît sera dès lors « entouré de frères comme d’une couronne » (Si 50, 12) pour reprendre les termes que lui attribue la Liturgie de ce jour (Cf. Epître, Si 50, 1-14).

Il SODOMA, Vie de Saint Benoît, scène 7 : Benoît instruit les paysans ; vers 1505-08, fresque, Abbazia, Monteoliveto Maggiore, Italie

La renommée de Saint Benoît se répandant aux alentours du monastère, le peuple chrétien aime à venir lui demander conseil. Sa réputation de sainteté est telle qu’elle attire la méfiance autant que la jalousie de l’un des prêtres les plus influents de la région, Florentius. Celui-ci le calomnie, interdisant à ses paroissiens d’aller le visiter, allant jusqu’à envoyer sept femmes nues danser autour du monastère pour manifester publiquement la mauvaise vie de ces moines. Dans sa haine, Florentius finit par envoyer à Saint Benoît un pain empoisonné – en signe de communion ! – que dans sa prudence Saint Benoît jeta à un corbeau. Devant tant de  malveillance, la question de l’Apôtre Pierre dans l’Evangile se pose une nouvelle fois à Saint Benoît : « Seigneur, nous avons tout quitté pour Vous suivre, qu’adviendra-t-il de nous ? » (Mt 19, 27). Saint Benoît et quelques frères quittent alors la communauté de Subiaco confiée au frère Maur et se retirent sur les hauteurs du Mont Cassin. C’est en ce nouveau monastère que Saint Benoît rédigea la règle dite de Saint Benoît (vers 540) et qu’il mourut « entouré de ses frères comme d’une couronne » (Si 50, 12) en l’an 547.

GIOVANNI DEL BIONDO, Les funérailles de Saint Benoît, vers 1370, coll. part.

La translation des reliques de Saint Benoît

Mais la date de ce jour, comme l’intitulé même de cette fête, porte la mémoire de la translation des reliques de Saint Benoît qui eurent lieu le 11 juillet 660. L’abbaye du Monte Cassino ravagée par les Lombards rendait inévitable le transfert du corps de Saint Benoît qui y reposait depuis sa mort. Les reliques du Saint Patriarche quittèrent donc le Mont Cassin, traversèrent l’Italie, franchirent  les Alpes et arrivèrent en l’abbaye bénédictine de Fleury, près d’Orléans, le 11 juillet 660, abbaye qui porte depuis le nom de Saint-Benoît-sur -Loire. C’est là que repose jusqu’à ce jour Saint Benoît. Nous l’invoquons ici avec son disciple Saint Savin afin qu’ils intercèdent pour nous, portant au Dieu Très Haut la secrète de la Messe de ce jour :

Seigneur Dieu miséricordieux, protégez la France qui se réjouit d’avoir reçu les précieuses reliques de Saint Benoît, et daignez nous garder par l’intercession du vénérable Patriarche, en l’honneur duquel nous présentons ces offrandes sur votre autel.

Saint Benoît, Saint Patron de l’Europe

A cette prière de protection pour une terre de France qui en a grand besoin, ayons à cœur également d’invoquer l’intercession de Saint Benoît pour l’Europe. Pour cela mettons-nous à l’école du Pape Benoît XVI dans la catéchèse qu’il consacra au saint patron de son pontificat :

Paul VI, en proclamant saint Benoît Patron de l'Europe le 24 octobre 1964, voulut reconnaître l'œuvre merveilleuse accomplie par le saint à travers la Règle pour la formation de la civilisation et de la culture européenne. Aujourd'hui, l'Europe - à peine sortie d'un siècle profondément blessé par deux guerres mondiales et après l'effondrement des grandes idéologies qui se sont révélées de tragiques utopies - est à la recherche de sa propre identité. Pour créer une unité nouvelle et durable, les instruments politiques, économiques et juridiques sont assurément importants, mais il faut également susciter un renouveau éthique et spirituel qui puise aux racines chrétiennes du continent, autrement on ne peut pas reconstruire l'Europe. Sans cette sève vitale, l'homme reste exposé au danger de succomber à l'antique tentation de vouloir se racheter tout seul - une utopie qui, de différentes manières, a causé dans l'Europe du XX siècle, comme l'a remarqué le Pape Jean-Paul II, "un recul sans précédent dans l'histoire tourmentée de l'humanité"[2]. En recherchant le vrai progrès, nous écoutons encore aujourd'hui la Règle de saint Benoît comme une lumière pour notre chemin. Le grand moine demeure un véritable maître à l'école de qui nous pouvons apprendre l'art de vivre le véritable humanisme.[3]
Don SIMONE CAMALDOLESE, Saint Benoît donnant la règle à son Ordre, vers 1380, enluminure sur parchemin, Fine Arts Museums of San Francisco, USA.

Puisse cette exhortation du Pape Benoît XVI, frères et sœurs bien-aimés, guider notre prière comme notre action pour la renaissance spirituelle de la France et pour celle de l’Europe, terres de Chrétienté, ainsi soit-il.

abbé Benjamin MARTIN


[1] Saint Grégoire le Grand, Les Dialogues, Livre II.

[2] Jean-Paul II, Insegnamenti, XIII/1, 1990, p. 58

[3] Benoît XVI, Catéchèse sur Saint Benoît de Nurcie, Audience Générale du mercredi 9 avril 2008.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *